Présentation d'un livre ≪ La mort sereine ≫ de Marie de Hennezel
- 26 mai
- 4 min de lecture
Consentir à la fin sans renoncer à la dignité
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Avant-propos par Sophie Hougardy

Le dernier livre de Marie de Hennezel, La mort sereine : dignité d’une fin consentie, m’a profondément touchée par la mise en lumière d'une manière de mourir dont j'ignorais l'existence.
J'aurais tellement souhaité en avoir entendu parler plus tôt alors que ma marraine et tante, Nicole, me demandait de l'aider à mourir, qu'elle n'avait plus faim... J'aurais souhaité être plus consciente qu'à côté de ces ≪ syndromes de glissement ≫ de personnes en souffrance et blessées/blasées par la Vie, existent aussi de véritables signaux de fin qui se manifestent, entre autres, par l'extinction de tout sensation de faim ou de soif.
Savoir pour ouvrir le champ des possibles. Non pas pour connaître à l'avance ce qui est adéquat pour la personne concernée mais pour pouvoir accompagner au mieux vers des professionnels de l'écoute? A nouveau de livre - à l'instar de ≪ La Mort intime ≫ - aborde la fin de vie : avec humanité, délicatesse et beaucoup de nuance.
Ce que j’apprécie particulièrement chez Marie de Hennezel, c’est qu’elle part d’abord de l’humain. Du vécu. De ce qui se passe réellement auprès des personnes en fin de vie, des personnes âgées, des proches, des soignants.
Elle donne une vraie place aux témoignages, aux ressentis, aux situations concrètes.
Et en même temps, elle ne se contente pas d’émotion ou d’intuition : elle prend aussi soin de s’appuyer sur des regards médicaux et scientifiques, avec beaucoup d'à propos et de discernement.
C’est un livre qui ne cherche pas à convaincre. Il ne dit pas aux lecteurs ce qu’ils devraient penser.
Il ouvre plutôt une réflexion sensible autour de la dignité, de la souffrance, du consentement, de l’accompagnement et de cette question si délicate : comment respecter une personne jusque dans sa manière de quitter la vie ?
J’ai aussi apprécié qu’elle garde une forme de vigilance tout au long du livre.
Elle ne tombe ni dans l’idéalisation de certaines façons de mourir, ni dans des positions radicales.
On sent surtout une volonté de rester au plus proche de l’humain et de la complexité réelle de ces situations.
Un sujet délicat : ≪ mourir à l’indienne ≫
Ou plutôt ≪ plein de délicatesse ≫
Le livre aborde notamment une réalité encore peu connue : certaines personnes très âgées cessent progressivement de manger et de boire, non pas dans une impulsion suicidaire ou dans un état de dépression sévère, mais dans une forme de retrait paisible de la vie.
Marie de Hennezel parle alors parfois de ≪ mourir à l’indienne ≫, expression inspirée de traditions spirituelles où la fin de vie peut être vécue comme un consentement progressif plutôt qu’un combat acharné contre le vivant.
Sujet sensible, évidemment.
Et justement, ce qui est intéressant dans son approche, c’est qu’elle reste nuancée du début à la fin.
Elle rappelle les dérives possibles :
les dérives d’une euthanasie qui pourrait devenir implicite, sociale ou économique ;
mais aussi les dérives d’une idéalisation du ≪ laisser mourir ≫ lorsqu’il n’y a pas de discernement psychologique, médical ou relationnel.
Elle insiste beaucoup sur l’importance de l’accompagnement, de l’écoute, du regard porté sur la personne, et sur cette question fondamentale :
à quel moment accompagne-t-on encore la vie… et à quel moment force-t-on quelqu’un à rester ?
Un livre qui pose des questions plus qu’il n’assène des réponses
Ce livre ne donne pas de recette.
Il ouvre plutôt un espace de réflexion sur :
la dignité ;
la liberté ;
la peur de souffrir ;
l’acharnement thérapeutique ;
la dépendance ;
la place du consentement ;
et notre difficulté collective à penser la mort autrement que comme un échec.
J’y ai trouvé une parole à la fois sensible, prudente et profondément humaine.
Le podcast Happy End : une conversation fine et sensible
Avant de lire le livre, j'ai également écouté l’épisode du podcast Happy End consacré à ce livre : Mourir à l’indienne : une mort douce.
Et sincèrement, je trouve ce podcast remarquable.
Sarah Dumont mène les échanges avec beaucoup de finesse, de délicatesse et d’intelligence.
Elle laisse véritablement la place à la nuance, à l’expérience humaine, sans sensationnalisme ni simplification.
Happy End aborde depuis plusieurs années les questions liées à la fin de vie, au deuil, aux rites, à l’accompagnement et à notre rapport collectif à la mort.
C’est un espace capable de parler de ces sujets avec profondeur tout en restant accessible.
Et dans cet épisode, la conversation avec Marie de Hennezel éclaire particulièrement bien les tensions actuelles autour de la fin de vie : entre peur de souffrir, désir d’autonomie, illusion de contrôle, accompagnement médical (parfois forcé), discernement et humanité.
Références du livre
La mort sereine : dignité d’une fin consentie
Autrice : Marie de Hennezel
Éditeur : Plon
Parution : mars 2026
ISBN : 9782259325691
Et pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la réflexion, je recommande vraiment l’écoute du podcast Happy End consacré à ce livre.




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