Quand le stress devient habituel
- 21 avr.
- 6 min de lecture
Comprendre comment un état ponctuel peut devenir une manière de vivre
Lors de la soirée de méditation du 16 avril, nous avons exploré une idée centrale : le stress

n’est pas seulement une réaction passagère. Lorsqu’il se répète souvent, il peut devenir un état intérieur familier, presque une manière de fonctionner.
Nous avons aussi abordé la notion de métacognition.
La métacognition, c’est la capacité de se voir penser, se voir réagir, se voir ressentir. C’est une forme de conscience élargie qui permet de ≪ contempler ≫ ses pensées, ses émotions et ses comportements sans s’y confondre entièrement.
Métacognition - Fonction cognitive selon l'Institut du Cerveau
La métacognition consiste à penser à ses pensées. Cette fonction cognitive supérieure joue un rôle clé dans l’apprentissage, la prise de décision, la résolution de problèmes et la régulation des émotions. Elle est étroitement liée à la conscience de soi et au bon fonctionnement du cerveau, en particulier dans les régions frontales
Cette capacité est une belle compétence entre autres pour réguler son stress. Elle ne supprime pas instantanément les automatismes, mais elle permet de les repérer plus tôt et de les réajuster plus vite.
C’est une clé essentielle pour sortir du mode automatique quand si & celui-ci nous nuit.
Au fil de cet Article
Le stress : une réponse utile au départ
Le cerveau apprend par répétition
Les émotions ont aussi une dimension biochimique
Pourquoi le stress peut devenir familier, voire addictif
D’autres états intérieurs existent aussi
Depuis quel état intérieur commençons-nous la journée ?
La métacognition : sortir plus vite de l’automatisme
Cultiver d’autres états intérieurs
1- Le stress : une réponse utile au départ
À l’origine, le stress n’est pas un dysfonctionnement.
C’est une réponse biologique naturelle, conçue pour aider l’organisme à faire face à une menace.
Quand le cerveau perçoit un danger, réel ou imaginé, le corps se mobilise. Il se prépare à agir, à fuir, à se défendre, à anticiper.
Dans cet état, l’attention se (sur)focalise très naturellement sur trois grands pôles :
le corps
l’environnement
le temps
Autrement dit :
que se passe-t-il dans mon corps ?
qu’est-ce qui, autour de moi, demande une (hyper)vigilance ?
qu’est-ce qui pourrait arriver ensuite ?
Ce mode de survie a une fonction adaptative précieuse.
Mais lorsqu’il est activé trop souvent, il peut cesser d’être une réponse ponctuelle pour devenir un mode de fonctionnement habituel.
2- Le cerveau apprend par répétition
Les neurosciences montrent que le cerveau se modifie en fonction de ce que nous répétons. Une pensée récurrente, une émotion souvent ressentie, un comportement répété finissent par renforcer certains circuits neuronaux.
Plus une boucle revient, plus elle devient familière ; plus elle devient familière, plus elle tend à devenir automatique.
Autrement dit: le cerveau se modifie selon ce que nous répétons, et pensées, émotions et comportements vont ensemble.
C’est ainsi qu’une boucle peut s’installer :
ce que je pense influence ce que je ressens
ce que je ressens influence ce que je fais (comportements)
ce que je fais renforce ce que je pense
À force de répétition, cette boucle devient de moins en moins consciente.
Elle glisse dans le pilotage automatique.
3- Les émotions ont aussi une dimension biochimique
Il est important de rappeler qu’une émotion n’est pas seulement un vécu psychologique.
Elle s’accompagne aussi de réponses physiologiques et biochimiques.
En situation de stress, l’organisme libère notamment de l’adrénaline et du cortisol.
L’adrénaline augmente rapidement la vigilance, accélère le rythme cardiaque et prépare le corps à l’action.
Le cortisol soutient lui aussi l’état d’alerte en mobilisant l’énergie nécessaire pour faire face à la situation.
C’est aussi pour cela que le stress peut, paradoxalement, donner une impression de puissance ou d’efficacité.
Certaines personnes se sentent très éveillées, très mobilisées, très performantes lorsqu’elles sont sous pression.
Elles ont le sentiment d’être “taquet”, d’avoir plus d’énergie, plus de focus, plus de capacité à tenir.
Bien sûr, cet état a un coût quand il se prolonge.
Mais sur le moment, il peut être ressenti comme stimulant, ce qui explique en partie pourquoi il devient parfois difficile de le quitter.
4- Pourquoi le stress peut devenir familier, voire addictif
Lorsque le corps vit souvent dans les mêmes états biochimiques, il s’y habitue. Il reconnaît ces états comme connus.
Il ne s’agit pas forcément d’addiction au sens strict d’une dépendance identique à celle provoquée par une substance extérieure. Il s’agit plutôt d’un phénomène d’habituation profonde : un organisme peut devenir très familier avec les états de tension, d’urgence, de vigilance et de suractivation, au point de les retrouver presque spontanément.
Le connu rassure, même quand il épuise. Une vieille tension, une inquiétude habituelle, une manière familière d’anticiper peuvent sembler plus “sûres” qu’un état nouveau, plus calme ou plus ouvert. L’inconnu dérange souvent davantage que l’ancien schéma, même lorsque celui-ci est pénible.
C’est pour cela que ralentir, lâcher le contrôle ou entrer dans un état plus posé peut parfois être déstabilisant.
Le calme n’est pas toujours immédiatement confortable pour un système habitué à l’urgence.
Et puis il peut y avoir une réelle accoutumance aux produits biochimiques libérés par le corps dans certains états émotionnels spécifiques.
5- D’autres états intérieurs existent aussi
À l’inverse, certains états soutiennent davantage l’apaisement, le lien, le bien-être et la régulation.
Dans le langage courant, on cite souvent la sérotonine et les endorphines parmi les substances associées à des états plus agréables ou plus stabilisants.
L’activité physique, par exemple, est associée à une augmentation des endorphines et de la sérotonine, ainsi qu’à une diminution de certaines hormones du stress.
Il serait réducteur de résumer toute la vie émotionnelle humaine à quelques molécules.
Mais comprendre cette dimension biochimique aide à voir pourquoi certains états deviennent des terrains familiers, tandis que d’autres demandent un véritable apprentissage.
Si le corps a longtemps connu surtout la tension, l’anticipation et l’urgence, il peut avoir besoin de temps pour reconnaître comme sûrs des états plus calmes, plus stables, plus ouverts.
6- Depuis quel état intérieur commençons-nous la journée ?
Une question importante émerge alors : depuis quel état intérieur commençons-nous nos journées ?
Si, dès le réveil, nous replongeons dans l’anticipation, la tension, la peur de manquer de temps ou la sensation d’être déjà en retard, nous réactivons très vite les circuits habituels.
Nous repartons depuis le passé, depuis le connu, depuis les anciennes associations.
À l’inverse, prendre quelques minutes pour revenir au corps, respirer, ressentir, visualiser le déroulement de la journée dans un état plus stable, plus confiant ou plus paisible peut changer la tonalité intérieure du départ.
Dans l’approche de Joe Dispenza, il nous incite à orienter nos ressentis et sensations vers des “émotions élevées” comme la gratitude, l’inspiration, l'émerveillement, la joie ou l’Amour occupe une place importante.
Cela ne signifie pas nier la difficulté ni se forcer à penser positivement.
Cela signifie plutôt entraîner le système à ne pas vivre uniquement depuis le mode survie.
7- La métacognition : sortir plus vite de l’automatisme
C’est ici que la métacognition retrouve toute sa force.
Observer une pensée stressée.
Sentir la montée corporelle de l’urgence.
Reconnaître qu’un scénario familier se remet en route.
Nommer l’émotion.
Voir la réaction qui se prépare.
Puis, au lieu d’être immédiatement absorbé·e par cet enchaînement, revenir à quelque chose de plus vaste :
le souffle
les sensations corporelles
l’instant présent
la conscience de ce qui est en train de se passer
La méditation peut alors être comprise comme un entraînement à cette métaconscience. Non pas une fuite hors de la vie, mais une manière de devenir plus lucide à l’intérieur même de l’expérience.
Observer sans juger, reconnaître les automatismes, créer un espace de choix, revenir au corps et à l’instant présent.
8- Cultiver d’autres états intérieurs
Peut-être que la vraie transformation ne consiste pas à ne plus jamais stresser.
Peut-être consiste-t-elle plutôt à reconnaître plus tôt les anciens circuits, à ne plus s’y perdre totalement, et à cultiver jour après jour d’autres états intérieurs.
Lorsque le stress devient habituel, il rétrécit souvent la perception et réduit la marge de choix.
La pratique, elle, rouvre de l’espace.
Un espace pour sentir.
Un espace pour voir.
Un espace pour réajuster.
Un espace pour ne plus vivre uniquement depuis le réflexe, mais depuis une conscience plus vaste.
Le pilote automatique ne disparaît pas d’un coup. Mais il peut cesser peu à peu d’être seul aux commandes.
Référence
Certaines formulations théoriques de cet article s’inspirent notamment des approches de Joe Dispenza sur les habitudes émotionnelles, la répétition des états intérieurs et la transformation par la conscience, en particulier dans :
Dispenza, Joe, Rompre avec soi-même : pour se créer à nouveau, trad. Louis Royer, Guy Trédaniel, 2020, ISBN 978-2-8132-2260-2.
Sophie Hougardy
📞 +32 472 59 59 35 📮 sophie.hougardy@voies-du-corps.com
Voies du Corps
Un chemin de présence pour revenir au corps, clarifier l’esprit et habiter l’expérience autrement.




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